Dans le Gard, quelque 300 plants d'ananas sont actuellement suivis par des chercheurs. Leur objectif : déterminer si ces fruits peuvent être cultivés dans de bonnes conditions et trouver leur place sur le marché français. Les scientifiques mesurent notamment leur teneur en sucre et leur acidité. Pour être commercialisé, un ananas doit dépasser 13 % de sucre. Ceux issus de l'expérimentation atteignent environ 13,5 % et peuvent donc être récoltés.
Le sud de la France ne s'est évidemment pas transformé en région tropicale. Le risque de gel demeure et les conditions météorologiques peuvent encore être difficiles. Mais la hausse des températures permet désormais à certaines espèces de trouver des conditions suffisamment favorables pour être testées.
Diversifier pour s'adapter
Ces expérimentations concernent de plus en plus directement les agriculteurs. Sur une partie de leurs terres, certains testent de nouvelles productions susceptibles de compléter ou de remplacer progressivement les cultures traditionnelles.
Car celles-ci sont elles-mêmes fragilisées par les évolutions du climat. Sécheresses, pluies intenses, grêle, tempêtes ou inondations peuvent provoquer des pertes importantes. Dans les Pyrénées-Orientales, la filière de l'abricot a ainsi enregistré jusqu'à 90 % de pertes certaines années.
Pour certains exploitants, la diversification devient donc une nécessité économique. Pour d'autres, elle représente une nouvelle opportunité commerciale, notamment lorsque la demande existe pour des produits cultivés localement.
Un laboratoire à ciel ouvert
Depuis les années 2010, les essais se multiplient en France. Agrumes, grenades, figues de Barbarie, kakis, kiwis, pistaches, mangues, avocats, jujubes, fruits de la passion, fruits du dragon, gingembre ou cacahuètes : de nombreuses espèces sont désormais expérimentées.
Le phénomène dépasse même largement le sud du pays. De la vanille est cultivée en Bretagne, du sorgho dans le Loir-et-Cher et du quinoa en Anjou.
Cette diversification peut permettre aux exploitations de réduire leur dépendance à une seule production et de mieux répartir les risques. Mais une culture exotique produite en France n'est pas nécessairement plus écologique. Il faut également prendre en compte la consommation d'eau, l'énergie nécessaire, les rendements, les maladies, le transport et les débouchés commerciaux.
Le prix constitue également une limite. Une banane produite dans les Pyrénées coûte six fois plus cher qu'une banane importée. La vanille bretonne reste elle aussi nettement plus chère que celle produite à Madagascar.
Une agriculture en pleine transformation
Réduire les émissions de gaz à effet de serre reste indispensable pour limiter le réchauffement. Mais, pour les agriculteurs, l'adaptation est désormais devenue une réalité incontournable.
Diversifier les espèces cultivées, modifier les calendriers de production et multiplier les débouchés peuvent faire partie des réponses.
Et les cultures dites "exotiques" ne sont finalement pas si étrangères à l'histoire agricole française. La tomate, la pomme de terre et le maïs, aujourd'hui omniprésents dans nos assiettes, sont, eux aussi, originaires des Amériques. Dès le XIXe siècle, des ananas étaient même cultivés sous serre à Versailles et à Bordeaux.
À mesure que le climat change, les frontières de l'agriculture française se déplacent elles aussi.