Désinformation Russe : Le Nombre de Faux Contenus D’Actualité A Augmenté de 850 % en UN An
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La tactique est apparue dès le début de l'invasion de l'Ukraine, mais elle gagne du terrain à vitesse grand V ces derniers mois : le nombre d'articles ou reportages usurpant l'identité de médias d'information fiables a connu sur une année une croissance vertigineuse, selon un rapport publié lundi 28 septembre par NewsGuard. Le spécialiste américain de la lutte contre la désinformation a ainsi constaté que le nombre de faux contenus d'actualité servant le récit officiel russe est passé de 44 au premier semestre de 2025 à 421 début 2026, soit une hausse de 850 %.

Cette analyse s'appuie sur le travail mené par des experts de NewsGuard mais aussi celui de Viginum, l’agence gouvernementale française chargée de la protection contre les opérations d’ingérence étrangère, le Centre ukrainien de lutte contre la désinformation et le collectif de chercheurs anonymes Antibot4Navalny. 

Au total, le rapport indique que 163 médias ont été visés. Parmi eux figurent des grands noms tels que la BBC, France 24, Euronews, et des plus petits comme le site d'information ukrainien The Kyiv Independent ou encore le quotidien régional français La Montagne.

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Les objectifs de cette guerre de l'information sont multiples : discréditer le soutien à l'Ukraine, saper la réputation des dirigeants occidentaux, attiser les tensions au sein des démocraties européennes ou encore perturber les processus électoraux. Liées au gouvernement russe, ces campagnes sont connues sous le nom de Matriochka, Storm-1516 ou encore Doppelganger.

"L'explosion de ce phénomène peut vouloir dire que les Russes y voient une tactique efficace pour grignoter la confiance des citoyens occidentaux dans les médias ou tout du moins qu'il y a un fort potentiel à développer à moindre frais. Cela ne coûte rien aujourd'hui de créer un faux site d'information avec l'IA et de générer plein de contenus", observe Chine Labbé, rédactrice Europe chez NewsGuard.

L'europe En Première Ligne

Le rapport montre que les médias européens constituent la cible principale de cette guerre hybride. Euronews, une chaîne d’information multilingue basée en France, est de loin le média le plus visé, avec 82 faux articles recensés entre mars 2023 et septembre 2026.

Exemple avec ce contenu de mars 2026, publié peu avant des élections cruciales en Hongrie. Il prétend que le pro-européen Péter Magyar, le principal opposant de Vikor Orban, considéré comme proche de Moscou, avait qualifié le président américain Donald Trump de “grand-père sénile” et voulait mettre fin aux accords entre les deux pays.

Parmi les 15 médias les plus imités, huit sont français, souligne NewsGuard, dont Libération, BFM ou encore France 24, avec 34 contenus usurpant les codes visuels de notre chaîne.

"Dans chaque cas, les campagnes russes détournent les logos et les chartes graphiques des marques, allant parfois jusqu'à créer un nouveau site avec une URL proche de l'originale, floutant ainsi davantage la frontière entre le faux et le vrai. Les articles comportent aussi souvent des citations inventées de toutes pièces, attribuées à de véritables experts", écrit NewsGuard.

"S'appuyer sur une marque médiatique de confiance permet de produire des infox plus crédibles. Mais l'objectif sur le long terme n'est pas de vous faire croire à telle ou telle information. Il s'agit pour eux d'instiller le doute dans toutes nos institutions", décrypte Chine Labbé.

“Cela pourrait nuire à la confiance, non seulement envers nos médias, mais envers l’ensemble des médias”, s'alarme dans le rapport Cécile Mégie, directrice des stratégies et coopérations éditoriales transverses à France Médias Monde, regroupant notamment RFI et France 24. “Cela crée un climat de doute généralisé [...]. Le défi consiste à naviguer dans ce climat et à démontrer que nous sommes des médias dignes de confiance."

Alors que se profile l'élection présidentielle, la France semble plus que jamais dans le collimateur des acteurs pro-russes. Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal ou Édouard Philippe, trois candidats favorables à un soutien sans faille à Kiev, ont récemment été victimes d'opérations d'ingérence. 

"Il n'est pas étonnant que la France, qui est l'un des plus gros contributeurs au soutien à l'Ukraine, soit particulièrement visée. On sait qu'à chaque fois qu'il y a un soutien diplomatique à l'Ukraine, que ce soit un discours d'Emmanuel Macron ou un déplacement à Kiev, des campagnes ont suivi dans la journée", précise Chine Labbé.

Contaminer L'ia

Pour démultiplier l'efficacité de sa propagande, la Russie a recours à des bataillons de faux comptes sur les réseaux sociaux et de médias pro-Kremlin chargés de relayer massivement ces contenus. Au cœur de cet écosystème, le réseau Pravda, aussi connu sous le nom de Portal Kombat : un ensemble de 280 sites qui publient des articles issus de chaînes favorables à la Russie. Ce réseau a publié environ 6,3 millions d'articles relayant 115 affirmations mensongères en 2025, selon une analyse de NewsGuard.

En avril 2026, Pravda a ainsi publié des articles en 12 langues reprenant un prétendu article de l’hebdomadaire français Le Point. Ce dernier affirmait que 20 000 soldats ukrainiens évacués en France pour des raisons médicales avaient déserté pour rejoindre des bandes criminelles. 

Selon le ministère français des Affaires étrangères, un peu plus de 200 patients ukrainiens ont été transférés dans des hôpitaux français entre février 2022 et avril 2025, principalement des blessés de guerre et des enfants atteints de pathologies graves.

Le raz-de-marée informationnel a fini par convaincre l’aperçu IA de Google. Pour répondre à certaines requêtes sur le sujet, l'IA du géant californien s'est appuyée sur le faux article du Point pour affirmer que "des milliers" de soldats ukrainiens ont reçu des soins en France, affirme NewsGuard.

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"C'est un des objectifs de Matriochka : blanchir le narratif russe en étant repris par d'autres médias ou en trouvant une place dans les réponses de chatbot", explique Chine Labbé.

Interrogé par NewsGuard, Google défend son IA et affirme ne pas avoir réussi à reproduire ces résultats. "Nous sommes très exigeants pour nos fonctionnalités d’IA pour la recherche, et nous investissons de manière importante dans la qualité des réponses."

Cette désinformation s'accompagne d'un autre volet : "submerger les fact-checkeurs" avec des infox à vérifier, soit pour les épuiser, soit dans l'espoir d'être repris pour gagner en visibilité. Selon Viginum, ces acteurs malveillants envoient directement par email des rapports fabriqués de toutes pièces pour inciter des journalistes à enquêter.

"Il faut faire attention à la manière dont on reprend certains récits. Il faut sans doute traiter différemment des infox qui n'ont aucune viralité et celles qui génèrent des millions de vues", estime Chine Labbé. "Cependant, il faut continuer à les suivre et documenter les tactiques utilisées, car si on ne riposte pas, il y a un risque de contamination des outils d'IA et de désinformation les citoyens."