Yémen : Que Sait-On de la Frappe Meurtrière sur UN Marché Près de Bab El Mandeb ?
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Alors que les combats entre rebelles houthis, soutenus par l'Iran, et les forces pro gouvernementales, soutenues par l'Arabie Saoudite, se sont intensifiés depuis août, deux frappes ont eu lieu dans une station-service, au bord de la route, à al-Hajaf le 21 septembre. Cette zone du Yémen était sous contrôle des forces progouvernementales, soutenues par l'Arabie saoudite.

Cette aire de repos est cependant située non loin des lignes de front, notamment de Bab el-Mandeb, sous contrôle houthi, à une vingtaine de kilomètres plus au nord, sur la côte ouest.

Les Houthis, alliés de l'Iran, ont dénoncé via leur agence de presse Sabaa une attaque de l'aviation saoudienne sur un "marché populaire dans le district de Dhubab, dans le gouvernorat de Taïz." Mais dans ce communiqué, on note que les Houthis mentionnent une zone qui n'est pas celle où les frappes ont été localisées, en l'occurrence al-Hajaf, mais une ville qui est sous leur contrôle, à une cinquantaine de kilomètres plus au nord. 

Accusations Mutuelles

Le communiqué des Houthis a été ensuite repris par plusieurs médias favorables. La chaîne libanaise al-Manar, détenue par le Hezbollah, soutien des Houthis et allié de l'Iran, a relayé cette même accusation en l'accompagnant des images de vidéosurveillance de l'attaque. Plusieurs activistes houthis ont également relayé les images sur X en accusant à leur tour l'aviation saoudienne. 

De son côté, le ministère des Droits de l'homme, issu du gouvernement internationalement reconnu, a imputé ces frappes aux rebelles houthis. Son communiqué énonce qu'elles sont survenues dans "un marché populaire" situé "dans la région d'Al-Hajf", et affirme que l'attaque a fait plusieurs blessés civils, sans en préciser le nombre.

Les images de vidéosureveillance montrent un projectile s’abattre dans l’aire de repos où une foule était rassemblée, provoquant une boule de faute. L’écran de vidéosurveillance indique 12h14 lorsque survient la frappe. © X / @fathibnlazrq

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La géolocalisation de l'attaque (12°42'07.4″N 43°45'13.1"E), fournie par Mohammed al-Basha, un analyste yéméno-américain en risques, confirme que l'attaque s'est déroulée dans une aire de repos à al-Hajaf - ce qui va dans le sens du communiqué du gouvernement. Cette aire se trouve dans le gouvernorat de Lahij, aux mains des forces progouvernementales, dont l'Arabie Saoudite est l'alliée. 

Mohammed al-Basha a aussi obtenu les images de vidéosurveillance qui montent la deuxième frappe. Les images sont filmées d'un angle différent mais montrent le même endroit, environ une heure après la première frappe, à en croire l'heure indiquée sur l'écran, soit 13 h 17. Sur ces images, on voit clairement un projectile s'abattre sur le marché désormais clairsemé, atteignant un véhicule à proximité duquel se trouvaient deux hommes à pied et un homme à moto. 

Cet extrait de vidéo surveillance, obtenu par Mohammed al-Basha, montre un projectile s’abattre à proximité d’un véhicle à côté duquel se tenaient trois hommes. X / @BashaReport

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Un Missile Ou Une Roquette, Et Non Une Bombe Larguée D'un Avion

Nous avons montré ces images à deux experts en balistique. 

Pour Frederik Coghe, expert en systèmes d'armes et en balistique à l'Académie royale militaire de Bruxelles, elles ne sont pas cohérentes avec une frappe aérienne qui viendrait de l'aviation saoudienne : 

Les images et la vidéo de la première frappe semblent montrer l'impact d'un missile/roquette, et non pas d'une bombe depuis un avion. Les images et la vidéo de la deuxième frappe semblent aussi montrer l'impact d'un missile/roquette. Il me semble que les deux missiles sont arrivés du nord. Cette direction n'exclut aucune des deux parties comme responsable.

"En Cas De Tir Aérien, Il Y A Un Cratère Qui Doit Être Important, Ce N'est Pas Le Cas Ici" 

Un deuxième expert en balistique, qui requiert l'anonymat, abonde : 

Les deux munitions sont très fines, avec des ailettes qui sont plus importantes à l'arrière. 

En comparant la longueur du projectile avec la taille humaine moyenne au Yémen, un mètre soixante environ, on peut estimer la longueur du missile, je dirais environ 5,9 mètres.  

Et c'est très long par rapport à une munition aérienne tirée d'un avion. Cela n'est pas une bombe guidée en tout cas, plutôt un missile peu onéreux. Un Etat ne gaspillerait pas un GBU (bombe guidée) coûtant très chère sur un tel ‘objectif'. Ce serait absurde. 

Avec ces dimensions, cela peut être un missile ou une roquette tirée depuis un camion. Les charges malgré tout me semblent réduites et les explosions sont 'en surface'. En cas de tir aérien, vous avez un cratère qui doit être important, ce n'est pas le cas ici.  

Ces analyses battent en brèche l'accusation selon laquelle ces attaques seraient le fait de l'aviation saoudienne. Mais pourquoi s'en prendre à une zone civile, où aucun combat ne semble se dérouler ? 

Une Aire De Repos Fréquentée Par Les Combattants Pro-Gouvernementaux

Fethi Ben Lazrq est un journaliste yéménite basé à Aden. Directeur du média "Aden al-Ghad", il est issu de la région. C'est lui qui a publié la vidéo de la première frappe. Pour lui il n'y a pas de doute sur l'auteur des frappes :  

Cet endroit, c'est une grande station-service avec une aire de repos et des commerces. Il est très fréquenté par les automobilistes. 

Depuis le début de cette offensive, les combattants des forces gouvernementales s'y arrêtent aussi pour faire leurs courses, comme tout le monde.

Et en plus, il n'est pas loin des lignes front avec les Houthis, vers Bab el-Mandeb, notamment. Et donc cet endroit est tout naturellement devenu une cible pour les Houthis. 

Les frappes ont eu lieu au milieu de la journée, au moment où il était le plus fréquenté. S'y trouvaient des civils mais aussi des combattants. 

Reste que cette zone est civile, pas militaire, et il n'y a pas de combats à cet endroit qui justifieraient des frappes.

Une troisième vidéo, diffusée sur X, va dans le sens des propos de Fethi Ben Lazrq.

On voit deux hommes sur cette même aire de repos, qui se tiennent devant deux véhicules brûlés, après les frappes et se présentent comme membres de la Résistance nationale, faction qui combat les Houthis au sein de la coalition progouvernementale soutenue par l'Arabie Saoudite. L'un d'eux s'écrie : "Les milices houthis ciblent les hommes de la Résistance. Avec des missiles. Ils ne gagneront pas quoi qu'ils fassent."

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Plusieurs éléments convergent donc vers l'hypothèse d'une double frappe émanant du camp Houthi plutôt qu'une attaque menée par des avions de chasse de l'armée saoudienne ou par les factions soutenues par Riyad. Selon l'analyse de Mohammed al-Basha, publiée sur X, les projectiles tirés sont des missiles faisant partie de l'arsenal houthi : "Le deuxième projectile est cohérent avec la famille de missiles Qasim des Houthis plutôt qu'avec un missile air-sol lancé depuis un avion". 

Selon un bilan communiqué par l'OMS, le conflit a fait 674 morts et 29 998 blessés depuis le début de l'escalade, le 6 août, jusqu'au 18 septembre. 

Selon les Nations unies (ONU) 112 000 personnes ont été déplacées à l'intérieur du Yémen en deux semaines, en septembre 2026, tandis que près de 3 000 autres ont traversé le golfe d'Aden pour trouver refuge à Djibouti.